AIDER A L'EMANCIPATION POLITIQUE DE LA JEUNESSE IVOIRIENNE POUR UNE TRANSFORMATION REVOLUTIONNAIRE DE LA SOCIETE
Mesdames et messieurs
Chers compatriotes
Voilà bientôt un mois que s’est effectuée la rentrée officielle dans les écoles primaires, secondaires, techniques et dans les universités privées. La rentrée officielle universitaire publique était prévue pour le 15 octobre 2012. Le gouvernement Ouattara a placé cette rentrée scolaire et universitaire sous le signe du changement, de la rupture. Relevons, pèle mêle quelques aspects de cette rentrée, qui dit-on, constituent des éléments de rupture avec les rentrées passées.
- Au primaire l’inscription est gratuite ; des kits d’une valeur de 2,5 milliards ont été promis aux élèves ; des nouvelles classes ont été offertes ; la tenue scolaire est revenue ; la rentrée est unique sur toute l’étendue du territoire, etc.
- Au secondaire l’inscription est fixée pour le public à 6 000 francs CFA ; la rentrée est unique sur toute l’étendue du territoire ; les élèves sont interdits de syndicalisme et de politique ; les enseignants sont priés de s’abstenir de faire grèves ; etc.
- Au supérieur public, les étudiants du premier cycle doivent chacun débourser 30 000 FCFA ; ceux du second et troisième cycle 60 000 Cfa et 90 000 Cfa ; les vieux amphithéâtres et salles de TD ont été remis à neuf ; des nouveaux bâtiments ont vu le jour ; les Unités Régionales d’Enseignement Supérieur (URES) de Daloa et de Korhogo ont été érigées en universités pleines; la rentrée est unique pour tout le monde ; etc.
En jetant un coup d’œil rapide sur ce qui s’est passé ces dix dernières années à chaque rentrée scolaire, les communicateurs et propagandistes du pouvoir Ouattara ont de quoi disserté, pavoisé, crié sur tous les toits que la Côte d’Ivoire avance vraiment vers le progrès. On croirait vraiment que c’est la rupture avec le passé. Au temps de la refondation, les écoles primaires, secondaires et supérieures ouvraient chacune à son rythme. Celles dans les zones contrôlées par la rébellion étaient livrées à elles mêmes sans professeurs. Dans la partie contrôlée par le pouvoir Gbagbo, la situation n’était pas non plus reluisante. Des élèves étaient interdits de cours par la FESCI. Les rackets étaient institutionnalisés. Les classes et amphithéâtres étaient bondés comme les bus de la SOTRA aux heures de pointe. Bref c’était l’enfer au sud comme au nord.
Mesdames et messieurs
Chers compatriotes
La situation a-t-elle changé fondamentalement ? De nouvelles menaces ne planent-elles pas sur l’école ivoirienne ?
En réalité, vous le savez, car vous le vivez, la grande majorité des ivoiriens au cours de cette rentrée scolaire ressentent autant d’angoisses que les autres années.
A propos de la rupture?
Rappelons que ces dix dernières années où l’on a assisté à la destruction quasi- totale de l’école ivoirienne, le gouvernement de Côte d’Ivoire était un gouvernement de «consensus», un gouvernement d’union de tous les partis de hauts bourgeois (FPI, RDR, PDCI, UDPCI, MFA) et de la rébellion armée. Les ministères de l’éducation nationale étaient partagés entre le FPI, le RDR et l’UDPCI. Tous sont donc responsables de la situation actuelle de cette école.
En observant la gestion actuelle de l’école, peut-on véritablement parler de rupture, de changement de cap, de changement de mentalité ? Les rackets et les vols continuent : on peut citer le cas des détournements au ministère de l’enseignement supérieur de plusieurs milliards de FCFA à l’occasion des travaux de réfection des locaux ; le cas des inscriptions en ligne où des sommes importantes sont données à des sociétés privées pour rémunérer leurs services, alors que les administrations des lycées et collèges sont payées pour faire ce travail ; le cas des confections des cartes d’identité scolaires à 1000 CFA par élève sous prétexte d’identification des élèves alors que chaque élève à partir de la 6ème a un numéro matricule national unique qui le suit jusqu’à la fin de son cycle secondaire. Les effectifs restent encore très élevés au primaire, au secondaire et ne peuvent pas permettre un enseignement de qualité. Le personnel enseignant malgré le recrutement de 3000 contractuels au secondaire et 5000 au primaires reste largement insuffisant. Les conditions drastiques de transport et d’hébergement n’ont pratiquement pas changé. Les coûts de scolarité restent au delà des moyens de la grande majorité des ivoiriens. Beaucoup d’élèves, en particulier les enfants des paysans sont encore au village faute de moyens, alors que l’école a ouvert depuis un mois.
Que de sacrifices pour les élèves pour une rupture qui n’en est pas une ?
Le gouvernement Ouattara a fermé les universités pendant un an pour dit-il offrir à la Côte d’Ivoire une université nouvelle, où il fait bon étudier. Pour bien apprécier ce sacrifice demandé aux étudiants, il est bon d’indiquer que les bacheliers de juillet 2009, qui ont commencé les cours en janvier février 2010, n’ont pas pu terminer leur 1ère année du fait de la crise post électorale de décembre 2010 à juin 2011. A ces bacheliers de 2009, il faut ajouter ceux de juillet 2010, de juillet 2011 puis de juillet 2012, soit quatre générations de bacheliers qui doivent entrer en 1ère année en octobre 2012. Il faut également indiquer que certaines filières universitaires ont déjà en octobre 2010, accusé deux à trois ans de retard.
Manifestement, les anciens locaux réaménagés et les nouveaux construits ne peuvent combler le déficit. Le manque d’enseignants ne peut pas être résorbé. Les cités universitaires déjà très insuffisantes ne sont pas encore totalement réhabilitées; les URES de Daloa et de Korhogo transformées en universités n’augmentent pas considérablement la capacité d’accueil. Des travaux ont certes été réalisés, beaucoup de publicité a certes été faite pour présenter les embellies, mais ces infrastructures restent encore très insuffisantes. C’est donc beaucoup de sacrifices pour des satisfactions en deçà des attentes.
L’instauration du système LMD (Licence, Master, Doctorat) annoncé à grands renforts de publicité est un handicap supplémentaire qui aggravera la crise actuelle de l’école ivoirienne. En effet, vue l’improvisation qui entoure la mise en œuvre de cette réforme, les conditions de l’échec sont réunies. L’environnement économique, matériel et pédagogique est –il préparé ? De l’avis de nombreux enseignants et spécialistes, les conditions sont encore en dessous du seuil minimum requis.
Le pouvoir Ouattara affiche sa volonté de privatiser l’école publique
Le pouvoir Ouattara projette de privatiser l’école ivoirienne. En réalité le pouvoir Gbagbo avait déjà entamé cette réflexion. Le ministère de l’enseignement supérieur d’alors, dirigé par le même Cissé Bacongo, actuel ministre de l’enseignement supérieur, avait tenté d’imposé un taux d’inscription de 50 000 CFA par étudiant. Cette tentative fut approuvée par le président d’alors Gbagbo Laurent qui disait entre autres que le taux de 6 000 CFA datait de bien longtemps et qu’il était normal qu’il évolue. A l’observation, depuis belle lurette, les pouvoirs successifs des hauts bourgeois, au moins de Bédié à Gbagbo, ont entamé la privatisation de l’école publique. D’abord, ces écoles ont été délaissées (insuffisance de locaux et d’enseignants). Ensuite, la fonction enseignante publique a été dévalorisée. Cette dévalorisation constitue un encouragement indirect au développement de l’enseignement privé.
Le gouvernement Ouattara veut passer à la vitesse supérieure. Le modèle américain qui fait « rêver » est venté. Si l’école est quasi-privée aux USA et si cela « marche bien » pourquoi elle ne peut pas l’être en Côte d’Ivoire, entend-on dire. Mais l’on oublie que l’histoire des Etats Unis d’Amérique n’est pas l’histoire de la Côte d’Ivoire. Chaque nation, chaque peuple ne peut copier sans discernement l’expérience d’ailleurs, à moins de vouloir se détruire. Faut-il réformer le contenu de notre enseignement ? Oui assurément ! Mais dans quel sens ? Dans le sens américain ou dans le sens qui colle avec la réalité de notre pays et qui répond à nos besoins ?
Après une levée de boucliers des élèves, des parents d’élèves et du peuple dans son ensemble, le pouvoir a momentanément reculé sur les taux de 100 000 Cfa à 300 000 CFA. Mais ce n’est qu’un recul car le pouvoir Ouattara a annoncé les couleurs. Pour que l’école publique actuelle puisse fonctionner il faut que les élèves contribuent à hauteur d’au moins cent mille francs par an et par élève. La mesure n’est que suspensive. Elle sera appliquée plus tard, a-t-il décidé.
Le devenir de la Côte d’Ivoire est conditionné par la solution apportée aujourd’hui à la crise de l’école. Si la privatisation est l’option définitive, alors adieu le développement durable de la Côte d’Ivoire.
Le pouvoir Ouattara tente de bâillonner les libertés d’expression et d’association
Tous les pouvoirs des hauts bourgeois ont toujours tenté de bâillonner les libertés d’expression en milieu scolaire. Généralement ils usent de la répression, de l’embrigadement. Houphouët a interdit l’UNEECI en 1968, et a créé le MEECI section du PDCI RDA en 1969 tentant ainsi d’obliger tous les élèves et étudiants à adhérer à son parti. Il a emprisonné les dirigeants de l’USEECI en 1970 qui ont refusé l’embrigadement. Toute cette répression n’aboutit pas aux résultats escomptés ; car en 1989, 20 ans après, une multitude d’associations d’élèves et d’étudiants en rupture totale avec le MEECI, créèrent la FESCI. Le pouvoir fut obligé de dissoudre le MEECI. Le pouvoir de Bédié à son tour réprima férocement la FESCI mais finit par la reconnaitre comme association légale d’étudiants. La FESCI devenue le bras armé du pouvoir Gbagbo terrorisa toutes les autres associations, commit des crimes pour empêcher les autres de s’exprimer. C’était en réalité l’exécution des ordres du FPI. Malgré ces crimes et la terreur instaurée, d’autres associations, comme l’AGEECI, le SYEECI, l’UNEECI, etc, restèrent debout, indépendantes de la FESCI. Sous Ouattara, les couleurs sont annoncées. Pas de syndicalisme et de politique à l’école. Un arrêté anticonstitutionnel de la ministre Kandia en charge de l’enseignement primaire et secondaire a tranché court. A l’entendre parler on croirait que le syndicalisme et la politique ont empêché de construire des écoles, des bibliothèques, ont empêché de finir les programmes, ont organisé les tricheries aux examens. Pendant ces dix dernières années, les élèves n’ont pratiquement pas fait de grèves pour revendiquer quoi que ce soit, parce que justement, la FESCI les en empêchait. Pendant ces dix ans il n’y eut pas de syndicalisme à l’école, ce qui a favorisé les détournements de fonds, les vols des sommes mises à la disposition de l’école publique, la délivrance de diplômes de complaisance, etc. Quant à la politique, il n’y avait qu’une seule expression politique légale, celle de la FESCI. Mais c’était peine perdue car on ne peut enfermer la conscience politique. Des élèves et étudiants RDR, organisés, ont pris leur courage à deux mains pour, avec d’autres étudiants organisés eux aussi, crier non aux assassinats, non à l’impunité, non au tribalisme, oui à la liberté politique.
L’interdiction des activités syndicales et de la politique à l’école est une volonté mal cachée du RDR d’imposer la pensée unique dans tous les secteurs de la vie sociale en Côte d’Ivoire. La directive de Kandia n’est qu’un ballon d’essai. En effet il faut observer que partout, toute contestation sociale est assimilée à une rébellion contre le pouvoir. On demande aux travailleurs et aux étudiants de se taire ou de se donner des directions opportunistes qui sont pour le « consensus », la « participation », en réalité qui sont pour la capitulation face à l’employeur.
Mesdames et messieurs
Chers compatriotes
L’école ivoirienne est toujours en crise. Quelle école pour les peuples de Côte d’Ivoire ? Que faut-il faire pour sortir de cette crise ?
L’école ivoirienne est toujours en crise
L’école ivoirienne n’arrive pas à assurer sa fonction d’éducation et de formation du citoyen moderne, intellectuellement et moralement équilibré, apte à faire progresser la société. Elle produit des chômeurs. Elle ne contribue pas à l’émancipation du citoyen. Elle reste inaccessible à la grande majorité des habitants de la Côte d’Ivoire. Plus le temps passe, plus l’analphabétisme grandit du fait d’une part des rejets du système éducatif mais aussi du fait du véhicule de la formation, le français, étranger aux peuples de Côte d’Ivoire.
Quelle école pour les peuples de Côte d’Ivoire ?
Nous voulons une école nouvelle, c’est dire une école publique laïque, financée à 100% par l’Etat, ouverte à tous les enfants de la nation; une école qui bénéficie des moyens de l’Etat pour offrir un cadre où il fait bon étudier ; une école qui s’appuie sur les langues nationales, qui de ce fait est capable de résorber en un temps raisonnable l’analphabétisme, comme les expériences au niveau international le démontrent ; une école qui produit des citoyens aptes à servir les intérêts du peuple, ouverts sur la science et le monde; une école qui lie son programme aux exigences du développement national au plan économique, social, culturel, scientifique et technologique ; une école au service d’une république démocratique indépendante et moderne, érigée, suite à l’avènement du pouvoir du peuple.
Que faut-il faire pour sortir l’école ivoirienne de la crise qui la plombe ?
La tâche principale est la lutte sans relâche contre le pouvoir des hauts bourgeois qui empêche la grande majorité de la jeunesse ivoirienne d’avoir accès à l’éducation et à la formation. Cette lutte doit aboutir au pouvoir ouvrier, paysan et populaire, seul à même d’offrir à la jeunesse et au peuple une formation adéquate, correspondant aux exigences de la nation. Pour ce faire, chaque partenaire de l’école a sa responsabilité et ses tâches :
Aux élèves
Le pouvoir Ouattara veut bâillonner les libertés. En effet, pendant que la constitution vous permet de voter à 18 ans, ce pouvoir veut vous empêcher de réfléchir sur ses choix politiques en général et en particulier sur sa gestion de l’école ivoirienne faite de vols, de rackets, de soumission à l’impérialisme. Organisez-vous et opposez-vous aux directives kandia anticonstitutionnelles, aux tentatives d’interposer entre vous et le gouvernement, les organisations de jeunesse du RDR et leurs chefs.
Aux parents d’élèves
Les propagandistes du RHDP veulent faire croire que l’école ivoirienne est sortie de la crise. Ils vous disent aussi que Le gouvernement a fait sa part et qu’il vous reste à faire votre part en engageant vos enfants à ne plus faire de la politique à l’école, en payant d’importantes contributions aux frais de formation en plus des impôts payés à l’Etat. Sachez que la politique de privatisation de l’école publique est dirigée avant tout contre les intérêts des masses ouvrières, paysannes, des petits commerçants, transporteurs, des fonctionnaires, artisans. Vous aurez, malgré vos maigres moyens, à payer d’importantes sommes pour permettre à vos enfants d’accéder à l’université. N’abandonnez pas vos organisations de parents d’élèves dans les mains de ceux qui défendent la politique de privatisation de l’école, la politique de refus des libertés d’expression et d’organisation. Osez vous exprimer, osez protester pour le bien de l’école ivoirienne.
Aux enseignants
La crise de l’école ivoirienne vous touche particulièrement. Vos salaires sont misérables ; vos conditions de travail sont déplorables. Vos collègues appelés « enseignants volontaires » sont toujours dans la tourmente ; ils ne savent pas à quelle sauce ils seront mangés ; seront-ils intégrés à la fonction publique ? Seront-ils contractualisés ? Les recrues de 2012 seront –elles contractualisées en permanence? A quand la fin des 100 000 CFA par mois pour ces dernières? Certains parmi vous, en particulier au supérieur, ont mené des luttes multiformes et intenses pour l’amélioration de leurs conditions salariales et ont arraché au pouvoir de la refondation des engagements que le pouvoir Ouattara veut remettre en cause, etc.
Comme vous pouvez convenir avec nous, beaucoup de vos problèmes persistent. Pendant ce temps, le pouvoir ne semble se préoccuper que de votre acceptation d’une trêve sociale. Les contractuels sont menacés de renvoi s’ils revendiquent.
Vous savez que quiconque, que vous êtes le cœur du système éducatif. Toute réforme de ce système doit être avant tout votre œuvre. Vous avez consenti assez de sacrifices qui doivent être reconnus et récompensés. Sans détour, poser vos problèmes en liaison avec les parents d’élèves et les élèves ; débarrassez- vous des chefs syndicalistes corrompus, serviteurs du pouvoir Ouattara.
A tous les partenaires de l’école ivoirienne ! Au peuple de Côte d’Ivoire !
L’école ivoirienne est malade, très malade. Le parti communiste révolutionnaire de Côte d’Ivoire estime que les remèdes apportés par le pouvoir Ouattara ne peuvent pas la guérir. Il faut donc que tous, nous nous retroussions les manches pour poser les vrais diagnostics de cette maladie et engager les luttes qu’il faut. Pour notre part, nous sommes disposés à soutenir toutes luttes allant dans le sens de faire de l’école ivoirienne, une école, laïque, publique, moderne, ouverte à tous les enfants de ce pays.
Abidjan le 17 octobre 2012